La vitamine K peut-elle réellement atténuer les cernes bleus ?
Connue pour son rôle dans la coagulation sanguine, elle suscite un intérêt en cosmétique pour ses effets potentiels sur les ecchymoses et les cernes d’origine vasculaire.
Ces derniers sont notamment liés à la finesse de la peau du contour des yeux, qui laisse davantage apparaître les vaisseaux sanguins. Ils se distinguent des cernes bruns, généralement associés à une pigmentation plus importante, et des cernes creux, dont le relief accentue les zones d’ombre.
Plusieurs études ont évalué des formules associant la vitamine K à d’autres actifs, comme la caféine, le rétinol ou les vitamines C et E. Si certains résultats semblent encourageants, ils ne permettent pas de démontrer l’efficacité de la vitamine K utilisée seule.
Pour comprendre l’intérêt potentiel de cette vitamine et les limites des études disponibles, il faut d’abord s’intéresser à l’origine des cernes bleus.
Pourquoi a-t-on des cernes bleus sous les yeux ?
L’apparence des cernes bleus dépend de plusieurs facteurs, notamment de la profondeur des vaisseaux sanguins, des caractéristiques de la peau et de la manière dont la lumière interagit avec les tissus.
La génétique joue également un rôle important. Chez certaines personnes, les cernes sont visibles dès le plus jeune âge, indépendamment de la fatigue ou du manque de sommeil. Avec l’âge, l’amincissement de la peau et la perte de volume sous les yeux peuvent accentuer leur apparence.
La fatigue peut aussi rendre les cernes plus visibles, sans en être nécessairement la cause. De même, le relief naturel du contour des yeux peut créer des zones d’ombre qui accentuent leur coloration.
Les cernes bleus ne sont donc pas systématiquement le signe d’une mauvaise circulation sanguine. Leur apparence résulte souvent de plusieurs facteurs associés.
Vitamine K et cernes bleus : quel est son rôle ?
La vitamine K est une vitamine liposoluble qui joue un rôle essentiel dans la coagulation sanguine. Cette fonction biologique a suscité l’intérêt des chercheurs, qui ont notamment étudié les effets de préparations contenant de la vitamine K sur les ecchymoses et les cernes bleus.
Cependant, son rôle dans la coagulation ne permet pas de conclure qu’elle améliore la circulation sanguine ou atténue les cernes lorsqu’elle est appliquée sur la peau. Les mécanismes susceptibles d’expliquer ses éventuels effets sur les cernes vasculaires restent à préciser.
Les études disponibles doivent donc être interprétées avec prudence, d’autant que plusieurs d’entre elles ont évalué des formulations associant la vitamine K à d’autres ingrédients actifs.
Vitamine K1, K2 et K3 : quelles différences en cosmétique ?
La vitamine K désigne une famille de composés liposolubles qui possèdent une structure chimique commune. Ses deux principales formes naturelles sont les vitamines K1 et K2. La vitamine K3 est, quant à elle, un dérivé synthétique.
La vitamine K1, également appelée phylloquinone ou phytonadione, est produite par les végétaux et d’autres organismes photosynthétiques. Elle est notamment présente dans les légumes à feuilles vertes (épinards, brocolis, choux…). C’est cette forme qui a été utilisée à une concentration de 2 % dans une étude clinique publiée en 2004 par Mitsuishi et ses collaborateurs. Les chercheurs ont évalué une formule associant la vitamine K1 au rétinol et aux vitamines C et E pour améliorer l’apparence des cernes et des rides sous les yeux [1].
La vitamine K2, ou ménaquinone, regroupe plusieurs composés produits notamment par certaines bactéries. On la retrouve dans des aliments fermentés ainsi que dans certains produits d’origine animale.
La vitamine K3, également appelée ménadione, est un dérivé synthétique de la vitamine K. En raison de son potentiel toxique, notamment pour le foie, elle n’est pas utilisée comme source de vitamine K dans les compléments alimentaires destinés à l’être humain dans l’Union européenne.
En cosmétique, les vitamines K1, K2 et K3 présentent des propriétés et des profils de sécurité différents. Les résultats des études sur la vitamine K1 contre les cernes bleus ne peuvent donc pas être directement appliqués aux autres formes de vitamine K.
Référence scientifique : [1] Mitsuishi T., Shimoda T., Mitsui Y., Kuriyama Y., Kawana S. (2004). The effects of topical application of phytonadione, retinol and vitamins C and E on infraorbital dark circles and wrinkles of the lower eyelids. Journal of Cosmetic Dermatology.
Vitamine K1, rétinol et vitamines C et E : les résultats de l’étude de 2004
Pour évaluer l’efficacité de cette formule, les chercheurs ont mené un essai clinique auprès de 57 adultes japonais présentant des cernes et des rides sous les yeux. Le gel a été appliqué deux fois par jour pendant huit semaines [1].
À l’issue de l’étude, 27 participants, soit 47 %, ont présenté une amélioration du paramètre désigné par les auteurs sous le terme haemostasis. Une légère atténuation des rides a également été observée chez certains participants. En revanche, aucune amélioration nette de la pigmentation n’a été constatée.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. L’étude était ouverte, sans groupe placebo, et la formule associait plusieurs ingrédients actifs. Il est donc impossible de déterminer si les améliorations observées étaient liées à la vitamine K1, aux autres ingrédients ou à leur association.
Cette étude ne permet donc pas de démontrer l’efficacité de la vitamine K1 utilisée seule contre les cernes bleus.
Vitamine K et ecchymoses : les résultats de l’étude de 2002
Une étude clinique publiée en 2002 a évalué les effets d’une crème contenant de la vitamine K sur les ecchymoses provoquées par un traitement au laser vasculaire. L’essai, mené auprès de 22 patients, était randomisé, en double aveugle et contrôlé contre placebo [2].
Les chercheurs ont comparé l’application de vitamine K avant et après le traitement au laser. Chaque participant appliquait la crème sur une moitié du visage et une formule placebo sur l’autre.
Les résultats n’ont montré aucun effet préventif significatif lorsque la vitamine K était appliquée avant le laser. En revanche, son application après le traitement a permis de réduire significativement la sévérité des ecchymoses, particulièrement durant les premiers jours.
Ces résultats ne démontrent toutefois pas que la vitamine K atténue les cernes bleus. L’étude portait sur des ecchymoses provoquées par un traitement dermatologique, et non sur des cernes liés à la finesse de la peau, à l’anatomie du contour des yeux ou à la visibilité des vaisseaux sanguins.
Référence scientifique : [2] Shah N. S., Lazarus M. C., Bugdodel R., et al. (2002). Effets de l’application topique de vitamine K sur les ecchymoses après un traitement au laser. Journal de l’Académie américaine de dermatologie.
Vitamine K et caféine : les résultats de l’étude clinique de 2015
En 2015, Ahmadraji et Shatalebi ont évalué l’efficacité d’un patch pour le contour des yeux contenant 3 % de caféine et 1 % de vitamine K, dans une formule à base d’huile d’émeu [3].
L’étude a été menée auprès de 11 femmes. Pendant quatre semaines, chaque participante a appliqué le patch actif sous l’œil droit et un patch placebo, composé d’eau, sous l’œil gauche.
À l’issue de l’essai, les chercheurs ont observé une diminution de l’apparence des cernes et de la profondeur des rides du côté traité. Les participantes ont également rapporté une amélioration de l’apparence et de l’élasticité de leur peau.
Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence. L’étude portait sur un nombre limité de participantes et évaluait une formule associant plusieurs ingrédients. Elle ne précisait pas non plus si les cernes étudiés étaient spécifiquement d’origine vasculaire.
Il n’est donc pas possible d’attribuer les améliorations observées à la vitamine K seule, ni de conclure à son efficacité spécifique contre les cernes bleus.
Référence scientifique: [3] Ahmadraji F., Shatalebi M. A. (2015). Évaluation de l’efficacité clinique et de la tolérance d’un soin contour des yeux contenant de la caféine et de la vitamine K dans une base d’huile d’émeu émulsionnée.
Pourquoi la vitamine K1 est-elle interdite dans les cosmétiques européens ?
Malgré l’intérêt qu’elle a suscité dans la recherche sur les cernes et les ecchymoses, la vitamine K1 présente un risque de sensibilisation cutanée. À la suite de plusieurs signalements de réactions allergiques, la France a interdit son utilisation dans les produits cosmétiques dès janvier 2006. Cette interdiction a ensuite été étendue à l’ensemble de l’Union européenne par la directive 2009/6/CE du 4 février 2009.
Dans son avis scientifique SCCP/1105/07, publié le 28 septembre 2007, le Comité scientifique des produits de consommation (SCCP) a examiné plusieurs cas de dermatite de contact allergique associés à des préparations contenant de la vitamine K1. Certains concernaient directement des crèmes appliquées sur le contour des yeux.
Le comité a notamment souligné qu’une sensibilisation provoquée par un produit cosmétique pouvait compromettre l’administration ultérieure de vitamine K1 à des fins médicales. Ce risque est particulièrement préoccupant, car cette vitamine peut constituer un traitement essentiel dans certaines situations hémorragiques.
Le SCCP a également estimé que les données disponibles étaient insuffisantes pour établir une évaluation satisfaisante de la sécurité de la vitamine K1 et de sa forme dite « oxydée ». Cette dernière ne peut donc pas être présentée comme une alternative dont la sécurité serait démontrée.
Références réglementaires: Comité scientifique des produits de consommation (SCCP). Opinion sur la Vitamine K1 (Phytonadione), SCCP/1105/07, 28 septembre 2007, notamment pages 14 à 16.
Au-delà de la vitamine K, comment agir sur les cernes bleus ?
Les solutions pour atténuer les cernes bleus dépendent principalement de leur origine. Lorsque leur apparence est accentuée par des poches sous les yeux, les soins contenant de la caféine peuvent présenter un intérêt. Toutefois, les preuves cliniques de son efficacité spécifique sur les cernes bleus d’origine vasculaire restent limitées.
Si la peau du contour des yeux est déshydratée, les soins à base de glycérine ou d’acide hyaluronique peuvent améliorer son hydratation, assouplir la peau et atténuer l’apparence des ridules. Une protection solaire adaptée contribue également à prévenir les dommages cutanés liés aux UV.
Pour masquer immédiatement la coloration bleutée, les correcteurs aux pigments pêche ou orangés constituent une solution cosmétique simple. Leur teinte permet de neutraliser visuellement le bleu et de rendre les cernes moins apparents.
En revanche, lorsque les cernes sont principalement liés à un creux sous les yeux ou à une perte de volume, les soins cosmétiques ne peuvent pas corriger leur origine anatomique. Une consultation dermatologique peut alors permettre d’évaluer les solutions adaptées.
L’identification de la cause dominante des cernes reste donc essentielle pour choisir une approche appropriée et éviter des attentes irréalistes concernant les soins cosmétiques.
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